Certains jardins portent une histoire bien avant qu’un·e designer n’arrive. Ce petit espace de 4 × 5 mètres à Saint-Aubin-Sauges, en Suisse, avait autrefois été cultivé par le grand-père de ma cliente. Lorsqu’elle m’a contactée, son souhait était simple : redonner vie à ce lieu grâce à une approche de permaculture potager, tout en respectant l’histoire de ce jardin.
Cette étude de cas raconte comment nous avons transformé un terrain compacté, en pente et pauvre en nutriments en un véritable écosystème comestible, en utilisant les principes de la permaculture et les ressources déjà présentes sur place.
Ce projet prouve qu’il n’est pas nécessaire d’avoir des hectares ou une infrastructure coûteuse pour régénérer un espace. Il suffit d’intention, d’un bon design et d’une volonté de se reconnecter à la terre.




Aperçu du projet
Localisation : Saint-Aubin-Sauges, Neuchâtel, Suisse
Altitude : 450 m
Climat : Cfb — océanique tempéré (doux, humide, influencé par le lac de Neuchâtel)
Taille du jardin : 20 m² (4 m × 5 m)
Usage d’origine : Ancien potager familial
Objectifs :
- Raviver l’ancien jardin familial
- Enrichir le sol et augmenter sa fertilité
- Cultiver des aliments avec un minimum d’arrosage
- Créer une structure claire et esthétique
- Utiliser les ressources déjà présentes
- Garder l’entretien simple et rapide


Objectifs du design
Avec la cliente, nous avons défini une vision claire pour ce projet de permaculture potager :
1. Construire le sol, construire la vie
Prioriser la rétention d’eau, la matière organique et l’activité microbienne.
2. Maximiser la diversité dans un petit espace
Quatre planches de culture, une zone verger, des petits fruits, des herbes, et des plantes grimpantes.
3. Utiliser ce que le terrain offre déjà
Bois, feuilles, fientes, déchets verts, terre existante.
4. Mélanger vivaces et annuelles
Un jardin qui gagne en richesse chaque année.
5. Garder l’entretien minimal
Créer un potager abondant mais facile à gérer.
6. Créer un espace calme, productif et significatif
Un jardin qui reconnecte les gens à la terre et à leur histoire.
Comprendre le terrain
Avant de concevoir le design, nous avons analysé le site en détail.
Ensoleillement
D’après les données saisonnières :
- Été : 6h50–19h30, angle ~62°
- Hiver : 8h15–16h15, angle ~19°
- Ombrage partiel dû aux structures voisines
- Lumière du matin forte, lumière de l’après-midi plus douce
Profil du sol
- Texture : Sablo-limoneux (60 % sable, 33,3 % limon, 3,3 % argile)
- pH : 6,5–7
- Matière organique : 3,3 % → faible rétention d’eau
- Très bon drainage, mais tendance à se dessécher
- Activité biologique faible
Pente
- Entre 15–18 %
- Risque d’érosion lors de fortes pluies
Eau
- Pluviométrie maximale : 120 mm en 24 h
- Soit 2400 litres sur ce petit jardin
- Potentiel d’infiltration élevé après amélioration du sol
Ces éléments ont guidé chaque étape du design.





Ressources disponibles sur place
Avant d’acheter quoi que ce soit, nous avons listé les matériaux pouvant être réutilisés :
- Bois (copeaux ou biochar)
- Feuilles de chou kale
- Fientes de lapin
- Fientes de poules
- Terre provenant des anciens bacs
- Foin
- Feuilles mortes
- Petits débris boisés
Ces ressources sont devenues la base de notre stratégie de construction du sol et de compostage.

Le design de ce potager en permaculture
1. Quatre planches de culture régénératives
L’espace de 20 m² a été réorganisé en :
- Lit 1 : petits fruits + herbes aromatiques
- Lit 2 : plantes verticales et grimpantes
- Lit 3 : légumes annuels
- Lit 4 : polyculture mixte
- Zone verger : poirier, pêcher, nectarinier
Des chemins clairs séparent les planches pour éviter le tassement et améliorer la circulation de l’eau.
2. Lasagne de sol (sheet mulching) & construction du sol
Pour régénérer le sol sablo-limoneux et améliorer la rétention d’eau, nous avons superposé plusieurs couches :
- Carton (1–2 cm)
Bloque les mauvaises herbes, favorise les champignons bénéfiques - Fumier (2–5 cm)
Apporte l’azote et stimule la vie microbienne - Paillage (25–45 cm)
Copeaux de bois, feuilles, déchets de jardin
→ couche principale de rétention d’eau - Compost (2–7 cm)
Ajoute de la diversité microbienne - Couche de paille
Protège le sol du soleil et de la pluie
Ce système imite le fonctionnement du sol forestier, naturellement fertile et auto-régénérant.


3. Un système de compost simple et efficace
Nous avons créé un compost en couches selon la méthode des 10 seaux :
- 5–6 seaux de matière carbonée (copeaux, foin, feuilles brunes)
- 3–4 seaux de matière verte (épluchures, herbe coupée, feuilles vertes)
- 1 seau riche en azote (fumier)
- Eau pour humidifier entre les couches
Cette méthode permet un bon ratio C:N et produit un humus riche en quelques semaines seulement.

4. Plan de plantation pour un potager en permaculture
Ma cliente consommait régulièrement certains fruits et légumes, ce qui a orienté notre sélection. Le mélange d’annuelles, de vivaces, de petits fruits, d’herbes et d’arbres fruitiers crée un mini-écosystème productif toute l’année.


Planche 1 : petits fruits & herbes vivaces
- Myrtilles
- Fraises
- Sureau
- Rhubarbe
- Sauge
- Thym
- Romarin
Planche 2 : plantes verticales & grimpantes
- Haricots à rames
- Concombres
- Melons
- Courges
- Courgettes
Planche 3 : légumes annuels classiques
- Tomates
- Poivrons
- Laitues
- Oignons
- Céleri
- Choux
Planche 4 : plantes de chaleur + herbes
- Aubergines
- Tomates
- Basilic
- Poivrons
- Origan sauvage
Zone verger
- Poirier
- Pêcher
- Nectarinier


5. Intégrer les plantes sauvages
Dans un projet de permaculture potager, les plantes spontanées sont souvent des alliées.
Ici, nous avons choisi de les intégrer :
- Ortie : booster de compost, tisane minérale
- Achillée : médicinale, active le compost
- Origan sauvage : excellent aromatique
- Menthe : plante mellifère
- Cassis : vivace productive et riche en antioxydants
Cette approche respecte l’écologie existante et limite les perturbations inutiles.
Mise en place : étape par étape
- Récupération des matériaux disponibles
- Délimitation des planches et des chemins
- Mise en place du sheet mulching
- Construction du compost
- Plantation des arbres fruitiers et petits fruits
- Installation du compost et de la paille sur les planches annuelles
- Plantation des légumes et herbes
- Mise en place des structures verticales
- Paillage final pour retenir l’humidité
- Utilisation des petites structures pour capter davantage d’eau de pluie
La transformation s’est déroulée sur quelques semaines — simple, efficace et économique.






Résultat final : un écosystème vivant et généreux
Ce qui n’était qu’un espace négligé est devenu :
- Un potager nourricier et productif
- Un sol riche en carbone
- Un refuge pour les pollinisateurs
- Un hommage vivant au grand-père de la cliente
- Un système régénératif qui s’améliore chaque année
Mais surtout, c’est devenu un lieu de connexion : à la terre, à la nourriture, à la mémoire familiale.
C’est ça, l’essence d’un projet de permaculture potager : recréer des liens avec les paysages qui nous nourrissent.
Points essentiels
- Les petits espaces peuvent devenir incroyablement productifs.
- La construction du sol et la gestion de l’eau sont les bases d’un bon design.
- Utiliser ce que tu as déjà est puissant et économique.
- Les vivaces assurent stabilité et résilience.
- Un jardin prend toute sa valeur lorsqu’il reflète l’histoire de celles et ceux qui le cultivent.
Travailler avec moi
Si tu rêves de transformer ton jardin, ton terrain ou un coin laissé à l’abandon en un espace nourricier et régénératif, je serai ravie de t’accompagner.
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Ensemble, créons un paysage vivant qui nourrira ta famille pour les années à venir.